Atelier d’échanges sur les contraintes foncières et la sécurité alimentaire et nutritionnelle dans l’Extrême Nord

Atelier d’échanges sur les contraintes foncières

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Au Cameroun, la région de l’Extrême-Nord est celle qui connait le plus régulièrement un niveau d’insécurité alimentaire et nutritionnelle important. En effet, en plus des exactions perpétrées par la secte islamiste Boko Haram, ces populations sont particulièrement vulnérables aux perturbations climatiques, à une faible productivité agricole, et à une faible diversification alimentaire. Pour contribuer à lutter contre cette insécurité alimentaire et nutritionnelle, beaucoup d’acteurs et particulièrement de partenaires au développement mettent sur pied des actions sur le terrain. Force est de constater que l’efficacité et les effets de ces actions sont souvent entravées et leurs succès compromis par les contraintes foncières.

C’est dans cette optique que le RELUFA dans le cadre du projet LandCam à organiser le 17 Aout 2021 à Maroua un atelier d’échanges sur les contraintes foncières et la sécurité alimentaire et nutritionnelle dans la région de l’Extrême Nord. Les objectifs de cet atelier étaient de discuter des contraintes foncières auxquelles les actions de lutte contre l’insécurité alimentaire font face dans la région de l’Extrême-Nord ; formuler et diffuser des recommandations auprès de toutes les parties prenantes ; enrichir un outil simplifié de prise en compte des questions foncières dans la conception des projets de développement. Les 20 participants étaient issus principalement de la société civile et des organisations paysannes, mais comprenaient aussi des représentants des ministères concernés par la question (MINADER, MINEPIA), du Conseil régional, des universitaires. Bien qu’ayant été invité, le MINDCAF n’était pas malheureusement pas présent.

Les présentations effectuées lors de cet atelier ont permis de revisiter les points suivants :

  • Le lien entre la terre et la sécurité alimentaire ;
  • Les actions menées dans la région pour réduire la sécurité alimentaire ;
  • Les Contraintes foncières qui entravent ces actions ;
  • La Caractérisation de la vulnérabilité et l’accès au foncier ;
  • Recommandations pour améliorer la gouvernance foncière et la sécurité alimentaire.

Les échanges et les travaux de groupe ont permis d’identifier des contraintes foncières liées à :

  • L’absence de cadre formel qui regroupe tous les acteurs autour de la question foncière et un problème de synergie entre le MINDCAF et le MINADER ;
  • L’hégémonie des autorités traditionnelles sur le foncier ;
  • L’absence et/ou difficulté de mise en œuvre des plans d’aménagement de l’espace pour toutes les activités rurales (agriculture, élevage, pêche, etc.) ;
  • L’absence de cartographie de la disponibilité réelle des terres et de leur potentiel pour permettre l’élaboration des plans d’aménagements adéquats ;
  • L’accaparement de terres par les nantis ; 
  • Les modalités de location des terres pour les coopératives et les individus ;
  • Les pesanteurs socio-culturelles sur l’accès sécurisé à la terre pour les femmes et pour les migrants et leur progéniture ;
  • Lacunes en termes de connaissance du foncier halieutique ;
  • La lourdeur et le coût élevé de la procédure de titrisation des parcelles ;
  • La démographie dans certains départements (Mayo Tsanaga et Mayo Sava) est explosive, ce qui pose un problème de disponibilité de terres pour tous et est à la base des migrations vers d’autres zones.

Au sortir de cet atelier, des recommandations ont été formulées et on peut en retenir quelques-unes ici :

  • Délimiter et formaliser le rôle des autorités traditionnelles dans la gestion du foncier (comment faire pour que le chef joue un rôle central dans la gestion du foncier sans que ce ne soit source de conflit ou d’injustice foncière) ;
  • Reconnaitre la légitimité des ménages aux terres qu’elles exploitent ;
  • Prendre des mesures conservatoires pour éviter les accaparements par les plus riches (par exemple, suspendre les attributions foncières en attendant d’y voir plus clairement) ;
  • Orienter le projet sahel vert vers l’agroforesterie pour que la restauration serve aussi aux paysans ;
  • Formaliser la location de terre avec l’implication des chefs de village dans les contrats de location.

Il a été enfin discuté lors de cet atelier de la nécessité de prendre en compte les problématiques foncières lors de la conception des projets visant la sécurité alimentaire, le développement des moyens d’existence des ménages pauvres et l’adaptation au changement climatique. Nous avons présenté un outil y contribuant, qui a été enrichi par les participants.