Journée mondiale de l’alimentation : le lien entre la terre et la sécurité alimentaire

Les participants de l'atelier à Yaoundé

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Pour la Journée mondiale de l’alimentation, LandCam a organisé un atelier pour sensibiliser sur les liens entre la sécurité alimentaire et la sécurité des droits fonciers. L’atelier a rassemblé des représentants de différents ministères (MINAT, MINADER, MINEPAT, MINDCAF), du REPAR, de la société civile et des journalistes. Jaff Napoleon Bamenjo du RELUFA nous explique pourquoi ces deux questions doivent être considérées de manière indissociable.

 

1- Pourquoi un atelier pour la Journée mondiale de l'alimentation ?

RELUFA a toujours célébré la Journée mondiale de l'alimentation, et 2020 marque également le 20eme anniversaire de l’organisation. C'est pourquoi la célébration de la Journée mondiale de l'alimentation était importante pour nous cette année, qui marque une  étape importante dans notre existence. Nous organisons également cet événement car il y a beaucoup de sujets d'actualité affectant la sécurité alimentaire sur lesquels nous devons réfléchir. Nous avons abordé de nombreuses thématiques lors de cet atelier, telles que les questions des personnes déplacées internes, le COVID-19, les systèmes alimentaires et la terre.

2- Le thème de cette année est: "cultiver, nourrir, préserver. Ensemble, agissons pour l'avenir". Est-ce qu'il est possible pour tout le monde de cultiver aujourd'hui au Cameroun ?

La réponse est non, notamment car il existe plusieurs poches de conflits qui ont chassé les agriculteurs de leurs terres et qu'ils sont désormais soit des réfugiés, soit des déplacés internes. C'est inquiétant car la plupart de ces personnes vivaient dans des zones rurales où l'agriculture était leur principale activité. En tant que personnes déplacées internes ou réfugiés, ils sont devenus des mendiants de nourriture au lieu de producteurs. C'est une préoccupation majeure.

3- Avec les conflits sociopolotiques actuels dans notre pays, beaucoup de personnes se retrouvent loin de leurs territoires. Qu'est-ce qu'il faut faire pour qu'ils aient aussi accès à la terre?

Une réponse simple serait de résoudre les conflits afin qu'ils puissent retourner dans leurs lieux d'origine et poursuivre leurs activités agricoles. En attendant, en tant que déplacés internes, ils/ elles peuvent toujours être en mesure de produire de la nourriture si ils/elles ont accès à la terre là où elles se trouvent. Il est donc important d’aborder la question d’actualité de l'accès à la terre des personnes déplacées internes, particulièrement avec la révision de la loi foncière en cours.  RELUFA travaille en ce moment sur une étude de la question, qui fournira de nombreux éléments de contexte ainsi que des recommandations allant dans le sens du renforcement des droits fonciers des déplacés et réfugiés.

4- Comment les questions d'accès à la terre et de sécurité alimentaire sont-elles liées ?

Avoir un accès à la terre est essentiel pour la production alimentaire, et particulièrement lorsqu’il s’agit de production de subsistance, pour la sécurité alimentaire. La terre étant la source des pratiques agricoles, elle est centrale pour la sécurité alimentaire. Au-delà de l'accès à la terre, il est important que cet accès soit sécurisé, et c'est pourquoi la reconnaissance et la protection de la propriété foncière coutumière est très importante au Cameroun.

Entre autre, nous avons observé que les mesures restrictives du COVID-19 ont particulièrement impacté la sécurité alimentaire des ménages urbains pauvres.  Cette situation a amoindri la capacité des gens à obtenir des aliments nutritifs pour subvenir à leurs besoins. Il est donc urgent de continuer à réfléchir et à concevoir des voies pour rendre nos systèmes alimentaires résilients face à de telles crises. Le Cameroun n'est pas épargném car le COVID-19, en plus des conflits en cours dans les régions anglophones et de l'extrême nord, exercent beaucoup de pression sur les systèmes alimentaires. La résolution de ces conflits, la clarification des modalités d’accès à la terre pour les réfugiés et déplacés internes, le renforcement des droits fonciers collectifs coutumiers en zones rurales, la valorisation de l’agriculture à petite échelle, sont toutes des questions centrales pour garantir la sécurité alimentaire au Cameroun.