Entretien avec Mme Marie Noelle ETONDE, SYNAPARCAM (Cameroun)

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Pouvez-vous vous présenter et décrire votre activité principale ?

Je suis Mme Marie Noëlle ETONDE, la représentante des femmes de Synaparcam au niveau de la localité à Bonaléa (Département du Moungo, Région du Littoral). Synaparcam est la Synergie Nationale des Paysans et Riverains du Cameroun. La principale activité des femmes de la communauté est l’agriculture.  Je suis une travailleuse de la terre. Chez nous, la femme, c’est la terre. Nous sommes dans une zone rurale, dans les villages en principe nous devons cultiver tels que nos parents nous l’ont appris. Malheureusement, aujourd’hui nous n’avons pas assez d’espaces pour pouvoir le faire. Cette situation est source de conflits au sein des familles, car chez nous la femme est faite pour nourrir la famille. C’est elle qui apporte un peu de nourriture à la maison, et lorsqu’il y en a assez, on en vend ; les revenus permettent de subvenir à d’autres besoins. Aujourd’hui il n’y a plus cette possibilité, à cause des agro industries. Notre communauté est riveraine à la Socapalm (Société Camerounaise de Palmeraies). Nous militons pour la restitution de nos espaces par cette société.

Quel est véritablement le problème ?

Lorsque les espaces ont été attribués à la société, nous étions contraintes de les traverser pour accéder à nos champs. L’accès nous a été interdit et nous n’avions plus de passage pour y aller. Malgré la précarité des espaces, nous nous servions des bas-fonds alentours à la société, mais aujourd’hui cette dernière demande même à récupérer ces bas-fonds, avoir la terre devient un problème très crucial pour nous les femmes.

Que demandent les femmes de votre communauté ?  

En tant que femme rurale, ce qui est plus important pour nous c’est la terre. Plus nous cultivons ce qu’on peut manger, et nous avons l’espoir de faire manger d’autres familles. Donc, nous souhaitons d’abord que nos terres nous soient restituées, le reste peut suivre, les œuvres sociales par exemple, si cela est possible : arranger les routes, les hôpitaux, les écoles, encadrer les femmes dans certaines circonstances, nous assister dans nos petits projets de femmes, etc. Mais si les dirigeants ne peuvent pas nous remettre nos terres, alors le reste ne sert à rien.

Quelles actions avez-vous menées pour vous faire entendre ?

Nous employons la méthode forte, consistant à organiser des grèves et empêchant les travailleurs de mener leurs activités. Avant cela, nous avons essayé de dialoguer, mais ça n’a pas fonctionné. Nous nous avons essayé de mettre en place une plateforme avec la Socapalm, sous le contrôle du Sous-préfet, mais les choses n’ont pas avancé. Nous avons également consulté le MINADER (Ministère de l’agriculture et du développement rural), qui nous a fait savoir que la négociation pour la rétrocession des terres avait commencé. Mais étant donné que les riverains n’étaient pas impliqués, nous pensons qu’il faut recommencer le processus. Nous n’avons pas eu de suite jusqu’à présent. Nous pensons qu’un cadre de dialogue doit impliquer la société, le Gouvernement et nous les communautés riveraines.

Quels éléments importants pour les femmes devraient figurer dans la réforme du foncier en cours au Cameroun ?

La réforme est une bonne opportunité pour faire entendre nos voix, nous les communautés. Les femmes en particulier devraient être impliquées dans tous les domaines du foncier. Le processus doit être inclusif et tenir compte de notre situation, nous les femmes.

Mme Etonde s'est exprimé à l'occasion de la célébration de la 35ème édition de la Journée Internationale de la Femmes, tenue sous le thème « Promotion de l’égalité et protection des droits de la femme à l’horizon 2020 : dresser le bilan des actions menées, fixer un nouveau cap ». A cet effet, elle a activement pris part à l'atelier organisé par LandCam, en présence d'autres femmes riveraines aux agro-industries. L’atelier avait pour but de réfléchir à une meilleure prise en compte des droits des femmes dans un contexte de développement des monocultures industrielles. Une note de position des femmes a été rédigée à l’issu des échanges. Téléchargez-la ici.

Propos recueillis par Flora LAMERO