3 questions à.... Dr King TANYI Robinson, Secrétaire Général du RECTRAD

22.03.2019
jeremy.davis@iied.org

Dr King TANYI Robinson, Secrétaire Général du RECTRADPouvez-vous vous présenter et présenter votre organisation ?

Je suis le Dr King Tanyi Robinson, Secrétaire général du RECTRAD, le Réseau des chefs traditionnels pour la gestion durable des écosystèmes d'Afrique centrale. Nous regroupons des autorités et des chefs traditionnels dans tout le Cameroun et en Afrique centrale. Depuis notre création en 2011, nous militons en faveur de réformes inclusives dans les secteurs foncier, forestier et minier, qui répondent à la fois aux aspirations de développement national et local, et à la préservation des cultures et des moyens de subsistance de nos populations. Nous sommes un instrument de défense des droits et de plaidoyer pour nos communautés.

Qu'est-ce que le RECTRAD espère réaliser en 2019 en matière de foncier ?

Nous venons tout juste de revenir de la Semaine du foncier de LandCam, qui a été très riche, avec beaucoup de leçons et de résolutions qui ont été prises. En plus d'intégrer ces initiatives et les initiatives de groupe de LandCam dans notre programme de l'année, nous avons l'intention de présenter ces résolutions à nos communautés lors de séminaires, et en particulier de voir comment les doléances des femmes et des jeunes en ce qui concerne l'accès aux terres peuvent être résolues par nos propres usages traditionnels. À cette fin, nous souhaitons produire un guide qui mettra l'accent sur la façon de se pencher sur certaines des coutumes qui constituent un obstacle à l'accès des hommes, des femmes et des jeunes à la terre dans nos communautés.

En parallèle, nous souhaitons également poursuivre notre plaidoyer pour faire avancer la réforme foncière en cours - en fait, notre objectif ultime serait de voir le projet de loi sorti des placards, dépoussiéré, adopté par le Parlement et transformé en loi, car résoudre les problèmes fonciers, c'est résoudre la crise latente qui existe dans nos communautés. Environ soixante pour cent des conflits portés devant les tribunaux aujourd'hui concernent les terres, et ce parce que les politiques foncières, lorsqu'elles existent, ne sont pas bien conçues ni bien communiquées à la population. Il y a donc un déficit de connaissances que nous essayons de combler en sensibilisant et en mobilisant nos communautés pour qu'elles comprennent la loi et s'y conforment.

Enfin, nous aimerions que le gouvernement reconnaisse les droits des communautés sur les terres et les invite à la table des négociations sur toutes les questions foncières qui les concernent. Nous ne sommes pas contre le développement, les agro-industries, mais nous voulons participer aux discussions pour nous assurer de l'application stricte des conventions qui ont été adoptées, et que les retombées et les contributions qui en découlent sont bien mises en place dans l'intérêt des communautés concernées. Car lorsque les populations comprennent pourquoi une entreprise vient s'installer, la collaboration est plus facile et plus fructueuse.

Quelle disposition aimeriez-vous vraiment voir incluse dans la nouvelle législation foncière au Cameroun ?

Avant tout, nous voulons que ce projet de loi soit présenté au Parlement. Quant à son contenu, nous souhaitons qu'il intègre les préoccupations des autorités traditionnelles exprimées dans un document qui a été négocié au fil du temps avec le gouvernement. Je ne les énumérerai pas toutes ici, mais une mesure particulièrement importante serait de permettre aux gens de faire une cartographie de l'utilisation des terres communautaires, ce qui, avec le temps, réduira grandement les conflits internes entre communautés.

Propos recueillis par Jérémy Davis